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| Gérard Saint ou l'espoir anéanti, Gloire et mort d'un champion populaire
Préface de Jean Bobet :
Préface
L'exercice est périlleux qui consiste à écrire la préface d'un livre qui raconte la préface d'une carrière. C'est en quelque sorte esquisser le souvenir de quelqu'un qui n'a pas encore été.
Gérard Saint entamait tout juste le premier chapitre de son œuvre lorsqu'il fut attrapé par la mort dans sa vingt-cinquième année. Trop jeune pour avoir un statut de véritable champion et se prévaloir d'un solide palmarès, il laisse un demi-siècle plus tard une trace qu'on a du mal à expliquer.
C'est le mérite du livre minutieux de Jacky Desquesnes de nous fournir les clés du mystère.
Il pose questions, Gérard. Et d'abord celle de son singulier patronyme. Il était condamné à vivre sur son prénom parce qu'on n’imaginait pas la foule scander « Vas-y Saint » ou « Allez Saint » sur son passage.
Autre question, celle de l'année de sa naissance. Il est né entre Anquetil, son aîné d'un an, et Poulidor, son cadet d'autant. Avec lui au milieu, le fameux duel Anquetil-Poulidor aurait-il connu le même déroulement ?
Dernière interrogation : à vingt ans, pour une fois chanceux, il s'est pointé à la sortie de la crise économique du monde du vélo. Aux petits sous des marques de cycles Stella, La Perle, ou Arliguie, se sont substitués les gros budgets de la chicorée Leroux, de l'épicerie Potin ou de l'apéritif Saint-Raphaël. Quelle aurait été sa place dans ce monde de nouvelle opulence ?
Grande assurément, autant que sa taille qui faisait débat. Avec son mètre quatre-vingt-douze, Gérard rompait avec les dynasties des petits (Robic, Lazaridès) qui n'avaient pas peur des grands. Il assumait sa hauteur avec naturel.
A vélo, il déployait un style impeccable où rien ne bougeait même dans l'effort le plus violent. Je garde l'image d'un pédaleur gracieux qui posait les mains sur son guidon comme un pianiste sur son clavier.
A pied, il était un garçon stylé. Ni taiseux ni braillard, il faisait entendre sa voix, parfois haut perchée (héritage du cours Simon ?) avec plus de discrétion que d'arrogance même s'il croyait en ses moyens qu'il savait au-dessus de la moyenne.
Au demeurant, nul ne connaissait ses limites mais c'est sans importance parce que, à l'instar des véritables champions, il savait aller au-delà. Le mot qui accompagnait Gérard Saint dans les pelotons, où l'on sait de quoi on parle, était celui de l'adoubement suprême. Ce mot ?
La classe.
Jean Bobet
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